Variante du Lockheed P-38 Lightning

Lockheed P-38 Lightning F-5B

Le F-5B était la version de reconnaissance photographique du Lightning dérivée du chasseur P-38J. Lockheed a transformé 200 cellules de P-38J directement sur la chaîne de montage : l'armement était retiré et le nez recevait des caméras Fairchild K-17, K-18 ou K-22 en montage vertical ou oblique, selon la mission. Au sein de la famille F-5, il a succédé au F-5A, basé sur le P-38G, et précédé les conversions F-5C, F-5E, F-5F et F-5G, réalisées désormais hors de la chaîne, au centre de modification de Dallas. Quatre exemplaires sont passés à l'US Navy en Afrique du Nord sous la désignation FO-1. Son nom restera à jamais lié à celui d'Antoine de Saint-Exupéry : l'écrivain, affecté au Groupe de reconnaissance II/33 de l'aviation française libre, a disparu aux commandes du F-5B-1-LO 42-68223 le 31 juillet 1944, et les restes de cet appareil ont été retrouvés au fond de la mer au large de Marseille entre 2000 et 2003.

Fiche du Lockheed P-38 Lightning

Image à venir
200
Exemplaires construits

Histoire

Un P-38J sans armes et avec des caméras

Le F-5B est né de la même logique que celle qui avait donné les F-4 et F-5A : le Lightning était rapide, doté d'une grande autonomie et capable de monter haut, si bien que, privé de ses armes, il devenait une plate-forme de photographie aérienne difficile à intercepter. Si le F-4 était parti du P-38E et le F-5A du P-38G — ce dernier à 181 exemplaires —, le F-5B a pris pour base le P-38J, la version du chasseur dotée de radiateurs sous les moteurs et d'échangeurs améliorés qui permettaient de tirer davantage de puissance des Allison. Selon les Wikipédia anglaise et espagnole, Lockheed a modifié 200 cellules de P-38J déjà en production pour en faire des avions de reconnaissance sans armement ; le tableau de production de la Wikipédia allemande attribue ces 200 unités à l'usine de Burbank. This Day in Aviation souligne que la conversion se faisait sur la chaîne de montage elle-même, alors que les variantes ultérieures ont été obtenues dans les centres de modification de la compagnie.

À la place des mitrailleuses et du canon, le nez abritait l'équipement photographique. La charge variait selon la mission : on pouvait monter des caméras Fairchild K-17, K-18 ou K-22, qui donnaient des négatifs de 9 par 9 pouces et s'installaient en position verticale ou oblique ; chaque modèle était conçu pour travailler à basse, moyenne ou haute altitude. La Wikipédia italienne résume en une phrase la différence visuelle avec le chasseur : dans le nez se trouvent les caméras et non les armes. L'avion restait monoplace, de sorte que le pilote pilotait, naviguait et photographiait seul, souvent au-dessus du territoire ennemi et sans escorte.

Sa place dans la série F-5

Le F-5B occupe le centre d'une longue famille. Avant lui, il y avait eu le F-4, dérivé du P-38E à 99 exemplaires, le F-4A, à 20 exemplaires, issu du P-38F, et le F-5A, issu du P-38G. D'un F-5A est en outre sorti le XF-5D, un biplace expérimental à nez vitré. Après le F-5B, la production de reconnaissance a cessé de sortir directement de la chaîne : des centaines de P-38J et de P-38L ont été transformés au centre de modification de Lockheed à Dallas en F-5C, F-5E, F-5F et F-5G, d'après la Wikipédia anglaise ; l'espagnole présente les trois dernières comme des conversions réalisées au sol. Chacune de ces versions a sa propre fiche dans le recensement des variantes du Lightning.

Un passage par la Navy : le FO-1

L'US Navy n'a jamais acheté de Lightning de chasse, mais elle a bien fait voler quatre F-5B. Les Wikipédia anglaise et espagnole s'accordent sur le fait qu'il s'agissait d'avions basés à terre en Afrique du Nord, hérités de l'US Army Air Forces et rebaptisés FO-1 ; la liste des variantes de la Wikipédia anglaise les recense aussi comme XFO-1, la désignation navale de quatre F-5B utilisés pour évaluation. Ce fut le seul usage naval du P-38.

Saint-Exupéry et le Groupe II/33

Le pilote le plus célèbre du F-5B n'était pas américain. Antoine de Saint-Exupéry, auteur de « Vol de nuit », « Terre des hommes » et « Le Petit Prince », quitta New York en avril 1943 dans un convoi militaire à destination d'Alger pour retourner au combat avec l'aviation française libre. Il avait 43 ans et dépassait de huit ans la limite d'âge des pilotes de ces unités ; la dérogation fut signée par le général Eisenhower. Il fut affecté à son ancienne unité, rebaptisée Groupe de reconnaissance 2/33 « Savoie », qui volait sur Lightning et était intégrée au 3rd Photographic Group de l'US Army Air Forces. La Wikipédia anglaise consacrée à l'avion l'appelle en revanche Groupe de Chasse II/33. L'un de ses officiers décrivit ces appareils comme des machines usées par la guerre et peu aptes à voler, et l'écrivain eut besoin de sept semaines d'instruction avant sa première mission, car le Lightning était bien plus complexe que tout ce qu'il avait piloté jusque-là.

Les séquelles de ses nombreux accidents l'empêchaient d'enfiler seul sa combinaison de vol et de tourner la tête vers la gauche pour surveiller le ciel. Lors de sa deuxième mission, il détruisit un P-38 à la suite d'une panne de moteur et resta cloué au sol huit mois, jusqu'à ce que le général Ira Eaker intervienne personnellement pour le remettre en service. Il fut réadmis à la condition de ne voler que cinq missions. De retour dans son F-5B monoplace, il reprit l'habitude de lire et d'écrire en vol : il lui arrivait de terminer un livre quelques instants avant le décollage, pendant que les mécaniciens chauffaient les moteurs à sa place, et une fois, au retour, il tourna une heure autour de la base pour finir un roman. Ses camarades le voyaient parfois abattu, et il fut même question de le retirer du vol.

Le 31 juillet 1944

Ce jour-là, Saint-Exupéry décolla de l'aérodrome de Borgo, en Corse, aux commandes du F-5B-1-LO de numéro de série 42-68223 de l'US Army Air Forces (numéro de construction Lockheed 422-2734). C'était sa neuvième mission de reconnaissance, malgré la limite convenue de cinq. Il devait photographier la vallée du Rhône et les mouvements de troupes allemandes pour préparer l'opération Dragoon, le débarquement allié dans le sud de la France du 15 août 1944 ; la Wikipédia française décrit la mission comme un parcours Bastia-Chambéry. This Day in Aviation situe le départ vers 8 h 45, alors que la Wikipédia anglaise du P-38 parle de midi. Il ne revint pas et personne ne le revit. La nouvelle se répandit d'abord dans le monde littéraire, puis dans la presse internationale.

La gourmette et les restes

Pendant plus d'un demi-siècle, on ne sut rien de l'avion. En septembre 1998, le chalutier Horizon pêchait à l'est de l'île de Riou, au sud de Marseille, lorsque son second patron, Habib Benamor, trouva parmi les poissons du filet une gourmette d'identité en argent ; le capitaine, Jean-Louis Bianco, la nettoya et lut le nom de Saint-Exupéry. Y étaient gravés aussi ceux de son épouse, Consuelo, et de son éditeur américain, Reynal & Hitchcock, et elle était accrochée à un morceau de tissu, probablement de la combinaison de vol. Certains doutèrent de son authenticité, parce qu'elle était apparue loin de la route prévue.

En mai 2000, un plongeur repéra des restes d'un Lightning au large de Marseille, près de l'endroit de la gourmette, dispersés sur plusieurs milliers de mètres carrés de fond marin. Après deux ans d'attente imposés par le gouvernement français, les fragments furent récupérés en octobre 2003 entre Marseille et Cassis. Une pièce portait la marque « 2734 L », le numéro de construction Lockheed de l'avion de l'écrivain, et en avril 2004 les enquêteurs, avec le département français des recherches archéologiques sous-marines, confirmèrent qu'il s'agissait bien du F-5B de Saint-Exupéry. Seule une petite partie de l'appareil fut récupérée et l'on ne trouva aucune trace d'impacts de tirs, ce qui ne fut pas jugé concluant. En juin 2004, les restes, dont le train principal gauche, furent confiés au musée de l'Air et de l'Espace du Bourget, à Paris, qui consacre une exposition à sa vie.

Hypothèses non tranchées

La cause de la perte reste inconnue. En 1948, l'ancien radiotélégraphiste de la Luftwaffe Hermann Korth publia ses journaux, qui mentionnaient un P-38 abattu par un Focke-Wulf Fw 190 vers midi le 31 juillet 1944, bien qu'il ait pu s'agir de celui du sous-lieutenant Gene Meredith, abattu le 30 au sud de Nice. Plus tard, le pilote de reconnaissance Robert Heichele s'attribua la victoire : la Wikipédia anglaise consacrée à l'écrivain date son récit de 1972, dans la revue Der Landser, et celle consacrée à l'avion de 1981. Sa version parlait d'un Fw 190 D-9, un modèle qui n'était pas encore en service, et les archives militaires allemandes ne lui reconnaissent aucune victoire en juillet ni en août 1944 ; lui-même fut abattu le 16 août 1944 et mourut cinq jours plus tard. En 2008, un journaliste de La Provence recueillit le témoignage de Horst Rippert (1922-2013), frère du chanteur Ivan Rebroff et admirateur des livres de l'aviateur, qui affirma l'avoir abattu ; aucun registre ne le confirme et ses anciens camarades doutèrent de celui qui s'était tu pendant 64 ans. L'entrée et la sortie de la mission se situaient sans doute près de Cannes, et les restes sont apparus au sud de Marseille. La Wikipédia allemande tient l'abattage pour acquis, mais les autres sources n'y voient qu'une hypothèse parmi d'autres.

Warburton, l'autre disparition

Le F-5B fut le héros d'une autre disparition célèbre. Le 12 avril 1944, le commandant Adrian Warburton, l'as britannique de la reconnaissance, décolla à bord d'un F-5B prêté par l'US Army Air Forces pour photographier des objectifs stratégiques en Allemagne. Il n'atteignit pas le point de rendez-vous et on ne le revit plus. Ses restes furent retrouvés en 2003 en Allemagne, à côté de ceux d'un F-5B Lightning américain accidenté.