Variante du Lockheed Constellation

Lockheed Constellation EC-121R «BatCat»

L'EC-121R « BatCat » fut la conversion du Super Constellation d'alerte précoce de la Marine en avion relais de capteurs pour la guerre électronique secrète contre la piste Hô Chi Minh. Trente appareils de l'US Navy passèrent à l'US Air Force en 1966-1967 et volèrent depuis Korat (Thaïlande) avec la 553e Escadre de reconnaissance dans le cadre de l'opération Igloo White : en orbites de huit heures, ils recueillaient les faibles signaux des capteurs larguées sur la jungle et les retransmettaient au centre de surveillance de Nakhon Phanom. Coûteux à exploiter et avec des équipages nombreux exposés au feu ennemi, ils furent remplacés par les petits QU-22B ; la dernière mission BatCat fut volée en décembre 1971.

Fiche du Lockheed Constellation

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30
Exemplaires construits

Histoire

Origine : du radar à l'oreille électronique

Au milieu des années soixante, la guerre aérienne contre le réseau logistique nord-vietnamien avait échoué comme instrument de pression, et le Pentagone chercha une autre voie : une barrière de capteurs capable de détecter le passage de troupes et de camions sur la piste Hô Chi Minh à travers le Laos. Le projet changea souvent de nom avant de devenir Igloo White, une opération secrète interarmées de guerre électronique qui fonctionna de la fin janvier 1968 à février 1973. Le système avait trois éléments : les capteurs semés le long des routes d'infiltration, des avions en orbite qui recevaient leurs signaux, les amplifiaient et les retransmettaient, et un centre de surveillance des infiltrations à Nakhon Phanom (Thaïlande) qui les analysait.

Le deuxième élément échut à la famille Constellation. En 1966, Lockheed modifia trente Super Constellation retirés de la Marine — deux EC-121P (anciens WV-3) et vingt-huit EC-121K (anciens WV-2) — en EC-121R pour la mission spéciale de reconnaissance. Les avions, transférés à l'Air Force en 1966-1967, furent livrés tout au long de 1967. La configuration obtenue reçut le surnom de BatCat. L'article de Wikipédia sur le Warning Star donne dans un autre passage un chiffre différent, d'une quarantaine d'EC-121 modifiés et de vingt-cinq déployés à Korat ; les autres sources consultées s'accordent sur trente conversions.

La 553e Escadre de reconnaissance

L'unité qui les fit voler fut la 553e Escadre de reconnaissance, créée sur le papier le 9 février 1967 et organisée le 25 février de la même année avec deux escadrons, les 553e et 554e de reconnaissance. Dès février 1967, l'escadre se prépara au programme avec ses trente EC-121R et un C-121G consacré à former pilotes et mécaniciens navigants. À partir de la mi-septembre 1967, elle se déplaça par échelons vers la base de Korat, en Thaïlande, et le 25 novembre 1967 elle commença à voler des missions de reconnaissance sans armement, de jour comme de nuit, au-dessus de l'Asie du Sud-Est. Entre octobre 1967 et décembre 1970, elle disposa en permanence d'une vingtaine de BatCat.

À la différence des EC-121 d'alerte précoce de College Eye, qui conservaient leur livrée, les BatCat portaient le camouflage standard d'Asie du Sud-Est dans des tons de végétation, car leur travail les obligeait à survoler un territoire hostile.

Comment se déroulait une mission BatCat

Chaque sortie durait dix-huit heures, dont huit passées en station sur l'une des onze orbites identifiées par des couleurs qui furent utilisées au cours de l'histoire du programme : trois au-dessus du Sud-Viêt Nam, six au-dessus du Laos, une au-dessus du Cambodge et une autre au-dessus du golfe du Tonkin. L'escadre volait au-dessus des terres et au large de la côte vietnamienne, au-dessus du Laos et du Cambodge, surveillant et retransmettant des signaux de faible puissance ; le plus souvent, elle orbitait au-dessus de la piste Hô Chi Minh par rotations de huit heures.

Les capteurs, largués par les Neptune de la Marine ou par des hélicoptères de l'Air Force, émettaient leurs données vers l'EC-121R en orbite, qui les réexpédiait par une liaison radio de 2 200 à 2 300 MHz vers Nakhon Phanom. Là, au centre de la Task Force Alpha, deux ordinateurs IBM 360/40 (puis deux 360/65) stockaient et recoupaient l'information pour prédire où et quand se trouverait un convoi, et les avions d'attaque étaient dirigés vers ces points.

Pertes

Deux BatCat furent perdus pendant la guerre, avec vingt-deux membres d'équipage tués : l'un dans un accident au décollage en pleine tempête en avril 1969 et l'autre en septembre 1969, dans un accident à l'atterrissage qui tua en outre quatre civils thaïlandais.

Relève et fin

Les EC-121R se révélèrent coûteux à exploiter et exposaient au feu ennemi un équipage nombreux, si bien que l'US Air Force chercha un remplaçant beaucoup plus petit, conçu même pour voler sans pilote : le QU-22 Pave Eagle. Un détachement de l'escadre à Nakhon Phanom évalua le YQU-22A entre décembre 1968 et août 1969 ; le QU-22B passa son évaluation au combat de juillet au début de septembre 1970 et entra en service complet le 1er octobre 1970, ce qui réduisit le besoin d'EC-121. En raison de problèmes mécaniques, aucun ne vola jamais de mission opérationnelle sans pilote.

La 553e Escadre fut désactivée le 15 décembre 1970. Le 554e Escadron se transféra à Nakhon Phanom pour voler les QU-22, surnommés « Baby Bats », tandis que le 553e Escadron, réaffecté à la 388e Escadre de chasse tactique, resta à Korat avec onze avions au début et renvoya appareils et équipages aux États-Unis pendant une année encore. La dernière mission BatCat fut volée le 6 décembre 1971 ; ce même mois, les C-130B prirent le relais comme avions relais, et en janvier 1972 le dernier personnel administratif et de soutien rentra à la base d'Otis. Un ancien EC-121R finit entreposé au centre AMARC, sur la base de Davis-Monthan (Arizona).