Variante du Tupolev Tu-95

Tupolev Tu-95M

Version améliorée du bombardier stratégique Tu-95 (code OTAN « Bear-A ») dotée de moteurs NK-12M plus puissants et plus sobres, de trois réservoirs de carburant supplémentaires et d’une masse au décollage accrue. Dix-huit ou dix-neuf exemplaires furent construits en 1957-1958 à l’usine n° 18 de Kouïbychev ; nombre de ces cellules furent ensuite transformées en bancs d’essai, avions de reconnaissance photographique, avions d’entraînement ou en transport Tu-116.

Fiche du Tupolev Tu-95

Image à venir
19
Exemplaires construits
13 200 km
Distance franchissable

Histoire

Origine : moteurs NK-12M et davantage de carburant

Le Tu-95M fut le développement direct du premier Tu-95 de série, le bombardier stratégique à turbopropulseurs que l’usine n° 18 de Kouïbychev commença à construire en janvier 1956. Selon le Musée central de l’armée de l’air de Monino, la désignation Tu-95M fut adoptée à partir d’août 1956, lorsque l’avion reçut des moteurs NK-12M et une capacité de carburant accrue. Le NK-12M, mis au point à Kouïbychev (aujourd’hui Samara) par le bureau d’études de Nikolaï Kouznetsov, était plus puissant et avait une consommation spécifique plus faible que le NK-12 du modèle initial, ce qui permit d’augmenter la masse au décollage. L’encyclopédie en langue russe décrit la modification du circuit carburant : le Tu-95 emportait 71 réservoirs souples en caoutchouc répartis dans le fuselage, la section centrale et les ailes, et le Tu-95M passa à 74 avec l’ajout de trois réservoirs de fuselage. Extérieurement, MilitaryFactory signale comme trait distinctif des prises d’air supplémentaires sur le dessus des nacelles moteurs, pour un refroidissement accru.

Essais et mise en service

Les sources occidentales (FAS et GlobalSecurity) situent les essais du Tu-95M en septembre et octobre 1957 : il atteignit une vitesse maximale de 905 km/h, un plafond de 12 150 m et une autonomie de 13 200 km. Il restait en deçà des exigences de vitesse et d’autonomie, mais fut jugé suffisant, et son déploiement commença en octobre 1957 (le tableau de la FAS donne août 1957 comme date de déploiement). Au cours de ces travaux, un bombardier de haute altitude avec un plafond de 17 000 m fut également étudié ; un prototype équipé de moteurs NK-12M servit aux essais, mais le projet fut abandonné dès qu’il apparut que voler plus haut n’améliorait pas la capacité de survie face aux défenses aériennes.

Armement et équipements

Comme le Tu-95, le Tu-95M était un bombardier à bombes lisses, sans capacité missile ni perche de ravitaillement en vol, raison pour laquelle l’OTAN regroupa les deux sous le nom de « Bear-A ». FAS et GlobalSecurity indiquent qu’il était conçu pour emporter 9 000 kg de bombes à son autonomie maximale de calcul dans une soute longue de 14,2 m, tandis que la Wikipédia russe donne une charge normale de 6 tonnes et jusqu’à 12 tonnes en surcharge au détriment du carburant. La défense reposait sur six canons AM-23 de 23 mm répartis en trois tourelles à conduite de tir radar. Pour le bombardement, il utilisait le radar panoramique RBP-2 « Roubidiï-MM » couplé au viseur optique OPB-5. Ses moteurs NK-12M, comme le NK-12, ne disposaient que d’une mise en drapeau manuelle des hélices ; la mise en drapeau automatique arriva plus tard avec le NK-12MV. Dans les années 1970, les Tu-95 et Tu-95M survivants reçurent un circuit électrique modernisé.

Production

Les chiffres varient légèrement selon les sources : la Wikipédia anglaise donne 19 exemplaires construits et la russe 18 entre 1957 et 1958, tous à l’usine n° 18 de Kouïbychev.

Unités

Le Tu-95M servit dans les deux divisions de bombardement lourd de l’Aviation à long rayon d’action. À Ouzine (Kiev), le 409e régiment de la 106e division vola sur Tu-95, Tu-95M et dérivés jusqu’en 1986, date à laquelle il passa aux ravitailleurs Il-78. Le 1023e régiment de la 79e division s’installa fin 1958 à Tchagan, près de Semipalatinsk, avec des Tu-95, des Tu-95M, des Tu-95MR et le Tu-95V ; le 1226e régiment, basé sur le même terrain, vola lui aussi sur Tu-95M.

Une cellule, de nombreux projets

Avec si peu d’avions, presque chaque Tu-95M connut un destin propre. La Wikipédia russe rapporte que le premier (n° 7800408) devint le banc d’essai nucléaire Tu-95LAL et le deuxième (n° 7800409) le transport Tu-116 SSSR-76463. Les n° 7800410, 7800501, 7800502 et 7800506 furent modernisés en avions de reconnaissance photographique Tu-95MR (trois d’entre eux portés ensuite au standard MR-2) et, une fois le programme terminé, tous les quatre finirent comme avions d’entraînement Tu-95U ; la Wikipédia anglaise date de 1964 l’entrée en service du Tu-95MR. Le n° 8800510 devint un avion de reconnaissance navale Tu-95RTs, et le n° 8800601 fut modifié en porte-missiles Tu-95M-5, puis en Tu-95M-55. GlobalSecurity ajoute que la cellule du Tu-95M servit de base au Tu-95V qui largua la bombe thermonucléaire géante au-dessus de la Nouvelle-Zemble le 30 octobre 1961, ainsi qu’au projet à propulsion nucléaire Tu-119, qui ne vola jamais. Selon des sources occidentales, une partie de la flotte de Tu-95RTs et une douzaine d’avions de l’Aviation navale furent obtenus à partir de Tu-95M excédentaires. La plupart des « Bear-A » furent finalement convertis ou retirés ; la Wikipédia russe indique que tous les bombardiers Tu-95 et Tu-95M furent retirés du service et réformés.

Sources: FAS — Tu-95 BEAR (TUPOLEV)