Allemagne · 1895–

Junkers

Junkers fut l'un des grands constructeurs allemands d'avions et de moteurs d'aviation. La maison naquit à Dessau en 1895 sous l'impulsion de l'ingénieur et inventeur Hugo Junkers et ne commença pas par fabriquer des aéronefs, mais des chaudières et des radiateurs : l'aviation vint ensuite, et avec elle l'apport pour lequel l'entreprise reste dans les mémoires, l'avion entièrement métallique. De ses ateliers sortirent le J 1, premier avion à structure entièrement métallique, et le F 13 de 1919, premier avion de ligne métallique au monde, ainsi que le revêtement de duralumin ondulé que des ingénieurs des États-Unis et de l'Union soviétique copièrent pour leurs propres avions métalliques. Dans les années trente et quarante, le nom resta associé à des appareils de guerre : le trimoteur Ju 52/3m, le bombardier en piqué Ju 87 Stuka, le polyvalent Ju 88 et une vaste famille de moteurs diesel et de turboréacteurs Jumo. Hugo Junkers, opposé à la politique de réarmement nazie, fut chassé de ses propres usines en 1933 et mourut en 1935 en résidence surveillée ; l'État réunit ses deux sociétés en 1936 et fit de l'ensemble l'un des plus grands groupes d'armement du Reich, qui eut massivement recours pendant la guerre au travail forcé et aux détenus des camps de concentration. L'entreprise survécut au conflit, fut absorbée par Messerschmitt et finit diluée dans le consortium MBB ; le nom disparut de l'aviation en 1969, bien qu'il reste vivant comme marque de chauffage.

Histoire

Un fabricant de chaudières qui inventa l'avion métallique

Hugo Junkers fonda sa firme à Dessau en 1895 pour exploiter ses brevets de calorimètre et de chauffe-eau à gaz, une activité industrielle qui finança ensuite ses aventures aéronautiques et devait toutes leur survivre. Les avions arrivèrent pendant la Première Guerre mondiale, avec une idée fixe : remplacer le bois et la toile par le métal. Le J 1 de 1915 fut le premier avion au monde à structure intégralement métallique, et le J 4 — connu des militaires sous le nom de J.I — porta cette idée au front en 1917 sous la forme d'un sesquiplan blindé d'appui rapproché. L'entreprise aéronautique fut formellement constituée sous le nom de Junkers-Flugzeugwerk AG en 1919, et celle des moteurs, Junkers Motorenbau, en 1923.

Le F 13 et les années de la contrebande industrielle

Le F 13, qui vola le 25 juin 1919 et obtint son certificat de navigabilité en juillet de la même année, fut le premier avion de ligne entièrement métallique : un monoplan pour quatre passagers vendu dans toute l'Europe et dont une bonne vingtaine d'exemplaires traversèrent l'Atlantique pour assurer la poste en Amérique du Nord sous la marque Junkers-Larsen. Le traité de Versailles, signé quelques jours après ce premier vol, interdit pendant des mois toute construction aéronautique en Allemagne, puis la limita aux projets civils ; Junkers transféra donc une partie de son activité dans la banlieue moscovite de Fili et y reprit la fabrication en 1922. De ces années datent les trimoteurs et monomoteurs civils G.24 et G.31, commercialement décevants, ainsi que l'étude J.1000, un colossal projet transatlantique pour quatre-vingts passagers dessiné en 1924. À l'expiration des restrictions du traité, en 1926, le vrai succès arriva avec les séries W 33 et W 34, qui signèrent en outre des records de durée, de distance, d'altitude, de décollage assisté par fusée et de ravitaillement en vol entre 1926 et 1930. La technique de la maison fut copiée à l'étranger : l'Américain William Bushnell Stout en 1922 et le Soviétique Andreï Tupolev en 1924 adaptèrent le duralumin ondulé de Junkers à leurs premiers avions métalliques.

La spoliation et l'entreprise du Reich

Vers 1931, le groupe sombra dans les difficultés financières et les actionnaires firent pression sur Hugo Junkers pour qu'il s'en aille, une manœuvre compliquée par le fait que les brevets essentiels lui appartenaient ; on imagina une société pour les lui racheter, la Junkers Motoren-Patentstelle, constituée en novembre 1932, mais le trou fut bouché auparavant par la vente de la division des chauffe-eau à Robert Bosch, qui en conserve la marque. La politique acheva ce que la comptabilité n'avait pas réussi : jugé gênant pour son opposition au réarmement, Junkers fut contraint en 1933 de céder ses brevets privés à l'entreprise et de remettre sans compensation 51 % de ses actions au ministère de l'Air, se vit interdire l'entrée de ses usines et fut placé en résidence surveillée dans sa maison d'été de Bayrischzell. Il mourut en 1935 et sa veuve, Therese Junkers, se défit des actions restantes pour un paiement dérisoire. Le 5 juillet 1936, avec Heinrich Koppenberg à sa tête, les deux sociétés fusionnèrent en Junkers Flugzeug- und Motorenwerke AG.

Guerre, travail forcé et disparition

Le groupe grandit jusqu'à devenir l'un des plus grands fabricants d'armement d'Allemagne : en 1937, il employait quelque 40 000 personnes réparties dans onze usines, outre l'usine mère de Dessau, et pendant la guerre il ouvrit des succursales dans la moitié de l'Allemagne ainsi que des usines souterraines, parmi lesquelles des installations liées au camp de concentration de Mittelbau-Dora, où l'on eut massivement recours au travail forcé et à des prisonniers dans des conditions inhumaines ; à partir de 1944 s'y ajoutèrent de jeunes Biélorusses enlevés et déportés. Au catalogue de ces années figurent le Ju 52/3m, le Ju 87 Stuka de 1935, le Ju 88 et, tout à la fin, le Ju 287 à voilure en flèche inversée, ainsi que les moteurs Jumo, des diesels à pistons opposés jusqu'au turboréacteur de 1940. Malgré les bombardements, l'entreprise survécut à la défaite : elle se reconstitua sous le nom de Junkers GmbH, consacra les années cinquante à étudier l'avenir du transport aérospatial — elle engagea le théoricien autrichien Eugen Sänger, qui y acheva en 1961 le dessin d'un vaisseau orbital avancé — et entra dans la société commune Flugzeug-Union-Süd avec Heinkel et Messerschmitt en 1958. Messerschmitt rompit l'accord en 1965 en prenant le contrôle de la société et l'absorba en 1967 ; le nom Junkers disparut au sein de MBB en 1969, tandis que la branche du chauffage suivit son propre chemin jusqu'à être rebaptisée division thermique de Bosch en 1995.

CatalogueAvions

  • 1919

    Junkers F 13

    Le Junkers F 13 fut le premier avion de transport de passagers entièrement métallique au monde : un monoplan à aile basse cantilever, revêtu de duralumin ondulé, doté d'une cabine fermée et chauffée pour quatre passagers et d'un poste de pilotage ouvert pour deux membres d'équipage. Il vola pour la première fois à Dessau le 25 juin 1919, un peu plus de sept mois après l'armistice, et réussit l'essai de type le 18 juillet suivant, à peine quatre semaines plus tard. Son intérêt ne réside pas dans les performances, mais dans le fait qu'il réunit pour la première fois dans un avion commercial tout ce que Hugo Junkers expérimentait depuis 1910 : l'aile épaisse sans haubanage extérieur, la structure et le revêtement travaillant en duralumin ondulé, et une cabine pensée pour des passagers payants et non pour des observateurs militaires. Les concepteurs de Dessau, dirigés par Otto Reuter, le menèrent à bien en six mois à partir des concepts esquissés en novembre 1918. Le groupe motopropulseur changea sans cesse au fil de la production — du Mercedes D IIIa du prototype aux Junkers L5, BMW et moteurs en étoile bien plus puissants —, et les roues se remplaçaient avec très peu de travail par des flotteurs en duralumin ou par des skis. Cette polyvalence l'amena en Colombie, en Bolivie, en Perse, en Suède, en Hongrie, en Union soviétique, au Canada, au Spitzberg ou en Australie, et explique qu'au milieu des années vingt il assurait environ 40 % du trafic aérien mondial. Il fut en outre l'épine dorsale de la Junkers Luftverkehr et, à travers elle, de la toute jeune Luft Hansa : sur les 162 avions que les compagnies prédécesseurs apportèrent à la fusion du 6 janvier 1926, 48 étaient des F 13. La production allemande se concentra à Dessau, avec des étapes à Dantzig, Reval et Fürth et une chaîne soviétique à Fili ; le nombre total construit reste discuté, entre 314 et 351 selon les sources, 322 étant le chiffre le plus cité. Le dernier F 13 en service commercial fut retiré au Brésil en 1951, et depuis 2016 des reconstructions fidèles du type volent à nouveau.