Variante du Lockheed U-2

Lockheed U-2S

Le U-2 actuel : des U-2R et TR-1A à grande cellule remotorisés avec le turboréacteur à double flux General Electric F118, dotés de capteurs améliorés et d'un récepteur GPS. Il a effectué son premier vol sous cette forme en octobre 1994 et 31 appareils ont été convertis. Depuis trois décennies, il survit aux tentatives de retrait de l'USAF, systématiquement bloquées par le Congrès.

Fiche du Lockheed U-2

Lockheed U-2S
Lockheed U-2S 5D3 2144Ronnie Macdonald from Chelmsford and Largs, United Kingdom (CC BY), vía commons
31
Exemplaires construits
11 280 km
Distance franchissable

Histoire

Le remotorisage

Le U-2S n'est pas une nouvelle cellule : c'est la conversion des U-2R et TR-1A à grande cellule. Le U-2R avait effectué son premier vol le 28 août 1967, et la production avait repris dans les années 1980 sous la désignation TR-1, dont le premier exemplaire a volé le 1er août 1981 ; les derniers appareils U-2 et TR-1 ont été livrés à l'USAF en octobre 1989, et en 1992 tous les TR-1 sont revenus à la désignation U-2R pour unifier la flotte. À partir de 1994, ces appareils ont été remotorisés et modernisés : le vétéran J75 a cédé la place au turboréacteur à double flux General Electric F118-GE-101 de 17 000 lb de poussée (environ 76 kN), accompagné de capteurs améliorés et d'un récepteur GPS. Le premier vol dans cette nouvelle configuration a eu lieu en octobre 1994, et 31 appareils sont passés par cette conversion. Dans la documentation de l'USAF, le programme apparaît sous le nom Senior Year.

L'appareil

Le U-2S est un appareil monoplace et monomoteur ; la version d'entraînement biplace est le TU-2S, initialement désigné U-2ST. Les fiches techniques lui donnent une longueur d'environ 19,20 m, une hauteur de 4,88 m et une masse maximale au décollage de 18 144 kg, avec une charge utile d'environ 2 300 kg. L'envergure diffère selon les sources : 31 m selon Wikipédia et 105 pieds (environ 32 m) selon la fiche technique d'Air & Space Forces. Il évolue au-dessus de 21 km, avec un plafond opérationnel d'environ 24 km, un rayon d'action d'environ 11 280 km et une endurance d'environ 12 heures. Les pilotes sont assis sur des sièges éjectables RQ201 à capacité zéro-zéro et, en raison de l'altitude de travail, portent des combinaisons de pression comparables à celles des astronautes.

Capteurs et modernisation

Le U-2S est la seule plate-forme de renseignement stratégique habitée, à haute altitude et longue endurance de l'USAF, capable de recueillir du renseignement d'origine électromagnétique, d'origine image et de mesure et de signature (SIGINT, IMINT et MASINT). Ses charges utiles modulaires lui permettent d'emporter simultanément des capteurs optiques, multispectraux, électro-optiques et infrarouges, un radar à synthèse d'ouverture et du renseignement d'origine électromagnétique, et son architecture ouverte permet d'intégrer rapidement de nouveaux capteurs. Les appareils du Block 20 disposent de postes de pilotage tout écran, d'un pilote automatique numérique, de systèmes de guerre électronique modernisés et de liaisons de données mises à jour ; les principaux capteurs sont le radar ASARS-2A, le système multispectral SYERS-2C et la charge utile de renseignement électromagnétique ASIP. La caméra historique optical bar pouvait encore être installée, bien que ses opérations depuis Beale aient pris fin en 2022. En 2020, l'USAF a attribué à Lockheed Martin le contrat Avionics Tech Refresh, d'une valeur de 50 millions de dollars, et cette même année les caméras Collins Aerospace SYERS-2C ont équipé toute la flotte de U-2S. Les mises à niveau ATR, testées en vol pour la première fois en 2023, ont ajouté des systèmes à architecture ouverte, un meilleur réseau de commandement et de contrôle et des fonctions de gestion de la charge de travail du pilote ; d'autres travaux en cours portent sur l'intégration du radar ASARS-2B/C, une modernisation de l'avionique et de la navigation, les liaisons de données Link-16/IFDL et MADL, et la modernisation Block 20.1, souvent intégrée aux opérations de maintenance programmée en dépôt.

Opérations

Le U-2S opère depuis la base de Beale, en Californie, avec le 9th Reconnaissance Wing, ainsi que depuis des emplacements opérationnels avancés à Osan (Corée du Sud), RAF Akrotiri (Chypre) et RAF Fairford (Royaume-Uni). Début 2010, les U-2 du 99th Expeditionary Reconnaissance Squadron avaient effectué plus de 200 missions à l'appui des opérations en Irak, en Afghanistan et dans la Corne de l'Afrique. En mars 2011, un U-2 déployé à Chypre a contribué à faire respecter la zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Libye, et un autre basé à Osan a photographié la centrale nucléaire japonaise endommagée par le séisme et le tsunami du 11 mars 2011. En 2020, le U-2 est devenu le premier appareil militaire à intégrer l'intelligence artificielle lors d'une mission, dans le cadre du programme ARTUμ. En février 2023, des U-2 ont surveillé le ballon chinois qui a traversé les États-Unis et le Canada et ont confirmé que sa charge utile comportait des antennes de renseignement électromagnétique et de grands panneaux solaires ; en 2025, ils ont également effectué des missions de renseignement le long de la frontière sud des États-Unis.

Trois décennies de retrait repoussé

Le U-2 a survécu à son remplaçant censé voler à Mach 3, le SR-71, retiré du service en 1998. Un document budgétaire approuvé le 23 décembre 2005 fixait sa fin de service au plus tôt en 2012, Donald Rumsfeld a annoncé son retrait en janvier 2006, et le RQ-4 Global Hawk a été proposé à maintes reprises comme successeur. Les coûts ont joué contre le drone — en 2014, le U-2 coûtait 2 380 dollars par heure de vol contre 6 710 dollars pour le RQ-4 — tout comme la durée de vie structurelle : la même année, Lockheed Martin a calculé que la flotte de U-2S n'avait utilisé qu'un cinquième de sa durée de vie de conception, et le constructeur a affirmé qu'elle pourrait rester viable jusqu'en 2050. Le 30 octobre 2023, le secrétaire à la Défense Lloyd Austin a signé la dérogation prévue par la loi d'autorisation de défense de l'exercice 2021 pour permettre son retrait, et l'Air Combat Command a retiré le premier TU-2S et trois U-2S début 2024. Au début de l'exercice budgétaire 2024, l'USAF disposait de 31 U-2, dont trois TU-2S. La loi de crédits pour l'exercice 2026, adoptée en janvier 2026, n'a autorisé le retrait que de huit appareils au maximum et a alloué 55 millions de dollars à la maintenance en dépôt ; le premier appareil retiré, le 80-1085, avait rejoint le cimetière de Davis-Monthan en décembre 2025. Pour l'exercice 2027, l'USAF a demandé le retrait de l'ensemble de la flotte restante de 23 appareils (20 U-2S et 3 TU-2S), invoquant sa vulnérabilité dans un conflit de haute intensité et la baisse de sa disponibilité, qui pour les monoplaces est passée de 76 à 61,9 % entre les exercices 2023 et 2024. Le 10 juin 2026, le projet de loi de crédits de la Chambre des représentants a plafonné les retraits à deux appareils et ajouté 81 millions de dollars pour en restaurer quatre de plus via une maintenance en dépôt, un processus qui implique de démonter l'appareil, de retirer plus de 1 800 pièces et d'inspecter 40 000 rivets.

Lockheed U-2S
Lockheed U-2S 80-1071 à RIAT (EGVA)Steve Lynes (CC BY), vía commons

Multimédia

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Lockheed U-2S 80-1071 à RIAT (EGVA)Steve Lynes (CC BY), vía commons
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U-2S Senior SpanAirwolfhound (CC BY SA), vía commons
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Lockheed U-2S Dragon Lady 80-070Ronnie Macdonald (CC BY), vía commons
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Lockheed U-2S '80-067Alan Wilson (CC BY SA), vía commons
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Lockheed U-2S 80-1067, autre vue (RIAT)Ronnie Macdonald (CC BY), vía commons
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Lockheed U-2S 80-1067 (RIAT)Ronnie Macdonald (CC BY), vía commons