Variante du Sukhoi Su-27
Sukhoi Su-27 T-10
Le T-10 fut la configuration originale du prototype du Su-27 : le dixième projet du bureau d'études Sukhoi, conçu à partir de 1971 pour surpasser le F-15 américain. Il vola pour la première fois le 20 mai 1977, piloté par Vladimir Iliouchine, et reçut de l'OTAN le nom de code Flanker-A. Les essais révélèrent qu'il ne répondait pas au cahier des charges, ce qui conduisit à redessiner l'avion presque entièrement sous la désignation T-10S.

- 20 mai 1977
- Premier vol
Histoire
Origines et développement
Le programme naquit en réponse soviétique au F-X américain, dont allait sortir en 1969 le F-15 Eagle. L'état-major soviétique émit l'exigence d'un « chasseur de première ligne prometteur » (PFI) aux ambitions très élevées : grand rayon d'action, bon comportement sur pistes courtes et sommaires, agilité exceptionnelle, vitesse supérieure à Mach 2 et armement lourd. Lorsqu'il devint évident qu'un seul appareil ne pouvait tout remplir dans le nombre requis, l'exigence fut scindée en un chasseur léger (LPFI), dont sortirait le MiG-29, et un chasseur lourd (TPFI), confié au bureau Sukhoi. Sukhoi avait déjà mené des études préliminaires sur le sujet en 1967, et la décision officielle de lancer le projet, baptisé en interne « izdeliye T-10 », fut prise début 1971. En 1972, deux conseils scientifiques et techniques écartèrent les projets Yak-45 et Yak-47 et entérinèrent la division en deux chasseurs partageant un maximum d'équipements communs.
L'aérodynamique du T-10 fut élaborée en grande partie au TsAGI, en collaboration avec le bureau d'études et l'institut sibérien SibNIA. On adopta la « configuration intégrale », dans laquelle fuselage et voilure forment un corps porteur unique, avec une instabilité longitudinale en régime subsonique et une chaîne de commande électrique (fly-by-wire) en tangage, sans transmission mécanique du manche à l'empennage. Les deux moteurs étaient logés dans des nacelles séparées sous ce corps porteur, et le « tunnel » entre elles faisait office de surface portante additionnelle tout en masquant l'armement au radar. La voilure du prototype présentait un bord d'attaque courbe (ogival), sans becs de bord d'attaque et avec de grandes extensions de racine ; les deux dérives étaient montées sur les nacelles des moteurs.
Les prototypes
Le premier exemplaire, le T-10-1, propulsé par deux turboréacteurs Lyulka AL-21F-3, décolla le 20 mai 1977 avec aux commandes le pilote d'essai Vladimir Iliouchine, Héros de l'Union soviétique. Il servit à évaluer le comportement général, la stabilité et la maniabilité ; selon la source russe, 38 vols d'essai furent effectués, menant à un ensemble de modifications, dont l'installation de masses anti-flottement en forme de tiges aux extrémités des ailes et des dérives. Il n'emportait pas de système d'armes. Dès la construction, on avait constaté que la disposition aérodynamique n'était pas satisfaisante, et le premier vol le confirma : le pilote rencontra des problèmes de stabilité directionnelle à haute vitesse, les dérives étant trop rapprochées.

Le T-10-2 vola pour la première fois le 16 mai 1978. Le 7 juillet 1978, lors d'un vol de vérification des gains de la commande longitudinale, il entra en oscillation de tangage, dépassa la charge limite et se désintégra en vol ; le pilote Evgueni Soloviov, Héros de l'Union soviétique, y trouva la mort. Le renseignement occidental avait repéré ces appareils par satellite sur l'aérodrome de Ramenskoïe de l'Institut de recherche en vol (LII) à Joukovski ; il leur donna d'abord la désignation provisoire « Ram-K », puis le nom de code OTAN Flanker-A.
La seconde série, T-10-3 et T-10-4, fut construite à l'usine de Komsomolsk-sur-l'Amour (KnAAPO) à partir de 1978. Ce furent les premiers exemplaires dotés du moteur prévu, le turbofan Lyulka AL-31, dont les accessoires étaient encore montés sous le moteur, ce qui obligea à redessiner les nacelles. Le T-10-3, consacré aux essais du groupe motopropulseur, vola le 23 août 1979 après des retards dus à des problèmes moteur ; en 1982 et 1983, il servit à des essais au sol de décollage sur rampe (STOBAR) pour l'aviation navale. Le T-10-4 reçut en outre le radar expérimental « Mech » pour les essais d'avionique et d'armement. Les essais menés avec cet appareil et, plus tard, avec le T-10-10, révélèrent de graves défauts du radar.
En 1979, trois avions étaient en essais et une série de préproduction fut lancée à Komsomolsk : cinq appareils à moteurs AL-21, connus sous le nom de « Su-27 type T-10-5 » (T-10-5, T-10-6, T-10-9, T-10-10 et T-10-11), destinés à la mise au point des équipements et de l'armement. Le premier d'entre eux, numéro de série 02-02, fut prêt en juin 1980 ; le T-10-6 fut détruit en octobre 1980 par un incendie au sol causé par une fuite de carburant, et les T-10-10 et T-10-11 servirent aux essais de radar, de conduite de tir et de précision. Au total, en comptant les prototypes assemblés à l'usine expérimentale de Sukhoi, environ neuf exemplaires volants de la configuration originale avaient été construits vers 1982, plus un pour les essais statiques.
Pourquoi il a fallu le redessiner
La tendance à la dégradation des performances s'était déjà manifestée en 1976 lors des essais en soufflerie du SibNIA : faute d'ordinateurs suffisamment puissants, les développements théoriques sur l'aéroélasticité et le flottement ne purent être pleinement appliqués. Comme si cela ne suffisait pas, les fabricants d'avionique ne respectèrent pas les limites de masse et de volume qui leur avaient été assignées, ce qui avançait le centre de gravité ; la consommation de carburant de l'AL-31 dépassait les prévisions ; le radar ne fonctionnait pas correctement. Lorsque des données fiables sur le F-15 parvinrent au bureau, il devint clair que le T-10 ne répondait pas au cahier des charges et se montrait nettement inférieur à son rival. Le bureau se trouva face à un dilemme : mettre en série l'avion tel quel ou le refaire entièrement. Le second choix l'emporta, et le travail se porta sur la nouvelle configuration T-10S, avec une coopération bien plus étroite avec le SibNIA et l'examen des avions occidentaux contemporains.
Héritage
Le T-10-1 acheva ses essais en novembre 1983 et fut cédé fin 1985 au musée de l'armée de l'air soviétique. Bien que l'avion de série n'ait conservé avec lui qu'une ressemblance superficielle, le T-10 fixa les principes qui allaient définir toute la famille : la configuration intégrale, l'instabilité statique associée à la commande électrique, et les moteurs en nacelles isolées sous le corps porteur.

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