Variante du Mitsubishi A6M Zero

Mitsubishi A6M Zero A6M2-N "Rufe"

Hydravion de chasse dérivé du Zero Modèle 11, construit par Nakajima comme solution provisoire en attendant le Kawanishi N1K1 ; 327 exemplaires, déployés dans les Aléoutiennes, les Salomon et les Marshall.

Fiche du Mitsubishi A6M Zero

Mitsubishi A6M Zero A6M2-N "Rufe"
Nakajima A6M2 N
7 décembre 1941
Premier vol
327
Exemplaires construits
1 148 km
Distance franchissable

Histoire

Le Nakajima A6M2-N, « chasseur à flotteurs de type 2 de la Marine » (Nisshiki suijō sentōki, abrégé Nisuisen) et connu des Alliés sous le nom de code « Rufe », fut la conversion en hydravion de chasse du Mitsubishi A6M Zero Modèle 11. Il ne fut pas construit par Mitsubishi, saturée par la production du Zero embarqué, mais par Nakajima, qui fabriquait déjà l'A6M sous licence et reçut en 1941 de la Marine impériale japonaise la commande d'un « chasseur à flotteurs provisoire » en attendant que mûrisse le projet définitif, le Kawanishi N1K1 Kyōfū (« Rex »), dont les exigences strictes laissaient prévoir un développement long. L'idée venait de l'expérience acquise en Chine, où des hydravions d'observation comme le Type 95 avaient abattu des avions ennemis avec leurs mitrailleuses et avaient convaincu la Marine qu'un chasseur à flotteurs pouvait défendre des bases insulaires et des mouillages où il n'était pas possible de construire des pistes.

Nakajima aborda le projet sous la désignation interne AS-1 et promit, selon la source anglaise, jusqu'à 900 appareils en moins d'un an. La conversion fut délibérément limitée pour raccourcir les délais : le train d'atterrissage rétractable, la roulette de queue et la crosse d'appontage furent supprimés, et les logements du train furent carénés ; sous le fuselage fut monté un grand flotteur central sur pylône et, sous chaque aile, un flotteur stabilisateur en porte-à-faux. Pour compenser la surface latérale du flotteur, la dérive fut agrandie, une aileron ventral fut ajouté sous le fuselage arrière et le gouvernail fut prolongé vers le bas. L'arceau de protection du pilote en cas de retournement fut retiré, l'installation électrique fut imperméabilisée et, en raison des projections de l'hélice sur l'eau, l'accès au cockpit passa du côté gauche au côté droit. Moteur, cockpit et armement restèrent comme sur le Modèle 11 : un Nakajima Sakae 12 à 14 cylindres d'environ 940 ch, deux mitrailleuses Type 97 de 7,7 mm dans le nez et deux canons Type 99 de 20 mm dans les ailes, plus deux bombes de 60 kg. Le flotteur principal abritait en outre un réservoir de carburant supplémentaire.

Mitsubishi A6M Zero A6M2-N "Rufe"
Épaves de A6M2-N Rufe à NAS Alameda, 1943

Le plan initial prévoyait de convertir des cellules des Modèles 11 et 21 retournées pour révision et, plus tard, de fabriquer à neuf une version basée sur le Modèle 32 (le « chasseur à flotteurs provisoire n° 2 »). Les deux idées furent abandonnées : la structure du Zero, non conçue pour l'eau, comportait trop d'ouvertures par lesquelles l'eau salée corrodait les composants en alliage de magnésium, si bien qu'il fut décidé de construire tous les appareils à neuf avec un traitement anticorrosion dès la conception, et le second projet fut annulé en raison des retards dans l'évaluation du Modèle 32. Le prototype effectua son premier vol en décembre 1941, environ dix ou onze mois après la commande, coïncidant avec le début de la guerre du Pacifique (le 7 décembre selon la source anglaise, le 8 selon la japonaise). Les performances se révélèrent bonnes : le poids supplémentaire, d'environ 200 kg, et la résistance du flotteur réduisaient la vitesse, la montée et l'autonomie, mais l'avion conservait la maniabilité du Zero et la fiabilité du Sakae. Le type fut officiellement adopté le 6 juillet 1942. Sur une commande de 500 unités, Nakajima en livra 327, prototype inclus, avant de cesser la production en septembre 1943 ; un chiffre modeste, mais le plus élevé de tous les chasseurs à flotteurs produits en série durant la guerre, à une époque où les versions à flotteurs du Wildcat, du Spitfire ou du Bf 109 ne dépassèrent pas le stade du prototype.

En service, le Rufe fut déployé en 1942 aussi bien dans les Aléoutiennes que dans les Salomon. Au sud, presque tous les exemplaires furent détruits le 7 août 1942 lors d'une attaque de quinze Grumman F4F Wildcat lancés depuis l'USS Wasp, à l'ouverture de la campagne de Guadalcanal. Au nord, en revanche, il démontra son utilité à Kiska et Attu, où l'absence d'aérodromes ne le pénalisait pas et où sa présence libérait des chasseurs terrestres basés dans les Kouriles ; le 452e Kōkūtai opéra à Attu et le 802e fut transféré vers les Marshall (Jaluit et Makin) pour escorter des convois et défendre des bases. Il servit aussi d'intercepteur pour les installations pétrolières de Balikpapan, dans les Indes orientales néerlandaises, renforça Shumushu dans les Kouriles du Nord et embarqua sur le porte-hydravions Kamikawa Maru ainsi que sur les croiseurs auxiliaires Hōkoku Maru et Aikoku Maru lors de leurs incursions dans l'océan Indien. Face aux chasseurs terrestres modernes, il était nettement désavantagé, aussi fut-il employé surtout contre des bombardiers et des avions de reconnaissance, bien qu'il existe des victoires confirmées sur des F4F et des F6F à Attu et sur le front sud. De nombreuses pertes ne furent pas dues à l'ennemi mais au climat : des avions amarrés détruits par le vent et la houle dans les Aléoutiennes, ou des accidents dus à des phénomènes tropicaux, sans cesse remplacés par le Kamikawa Maru. À la fin de la guerre, l'Ōtsu Kōkūtai l'utilisa comme intercepteur depuis le lac Biwa, sur Honshū, aux côtés du N1K1 Kyōfū, avec de lourdes pertes.

En août 1945, il restait 24 appareils, tous démantelés par la suite ; aucun exemplaire complet n'a survécu. Le dernier en service militaire fut un appareil récupéré par les forces françaises en Indochine, qui après révision vola avec la Marine française fin 1945 et s'écrasa peu après. En 2015, un hydravion englouti fut localisé dans les eaux de Weno (Chuuk, Micronésie) et identifié par la revue Maru comme un A6M2-N presque intact, à l'exception du flotteur principal.

Multimédia

Mitsubishi A6M Zero A6M2-N "Rufe"
Épaves de A6M2-N Rufe à NAS Alameda, 1943
Mitsubishi A6M Zero A6M2-N "Rufe"
A6M2-N Rufe venant des îles Salomon
Mitsubishi A6M Zero A6M2-N "Rufe"
Pilotes de A6M2-N Rufe
Mitsubishi A6M Zero A6M2-N "Rufe"
Mouillage de A6M2-N Rufe
Mitsubishi A6M Zero A6M2-N "Rufe"
A6M2-N Rufe dans la baie de Holtz, 1942
Mitsubishi A6M Zero A6M2-N "Rufe"
A6M2-N Rufe à Attu
Mitsubishi A6M Zero A6M2-N "Rufe"
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