Variante du Embraer EMB 110 Bandeirante

Embraer EMB 110 Bandeirante EMB 110P

Premier Bandeirante conçu pour les compagnies aériennes régionales brésiliennes (1975-1976) : dix-huit places, vingt exemplaires construits, prélude au P1.

Fiche du Embraer EMB 110 Bandeirante

Image à venir
20
Exemplaires construits
18
Passagers

Histoire

L'EMB 110P fut le premier Bandeirante conçu dès la planche à dessin pour les lignes aériennes régionales brésiliennes, et non comme adaptation d'un avion militaire. Jusqu'alors, l'offre civile d'Embraer se limitait à l'EMB 110C, dérivé direct du transport C-95 de la Força Aérea Brasileira avec quinze places en configuration dense, que Transbrasil avait inauguré en avril 1973 et qui convenait bien aux lignes courtes mais manquait de capacité et de puissance dès que le marché de troisième niveau commença à croître. Selon la chronique de Rudnei Cunha sur les Bandeirante de la FAB, la version P fut développée en 1975 à partir de l'EMB 110C et destinée expressément au marché civil ; la Wikipédia en portugais fixe le premier vol en janvier 1976 et le site australien Aeropedia confirme cette date, précisant que le prototype vola avec des moteurs Pratt & Whitney Canada PT6A-27, ceux du modèle original.

Les sources divergent sur le détail de la cellule de départ. La Wikipédia en anglais la décrit comme une version de proximité dédiée de l'EMB 110C pour les compagnies brésiliennes, disponible avec des PT6A-27 ou des PT6A-34 de 750 shp ; l'édition portugaise, en revanche, la définit comme le transport civil de l'EMB 110K1 avec dix-huit sièges, c'est-à-dire héritière du fuselage allongé avec le tronçon de 0,85 mètre, l'aileron ventral et les volets améliorés qu'Embraer introduisit dans la famille K. Le compendium de globalsecurity.org résume la question en l'appelant simplement « EMB 110P étendu de dix-huit places », ce qui appuie la lecture selon laquelle le P intégrait déjà le fuselage long tout en conservant, du moins sur les premiers exemplaires, le groupe motopropulseur de moindre puissance. Cunha, pour sa part, l'équipe de PT6A-34 et lui attribue une capacité de seize passagers. Cette fiche retient dix-huit places comme capacité maximale, chiffre partagé par deux sources indépendantes, et signale la divergence.

La production fut brève : Cunha en dénombre vingt exemplaires, vendus tant au Brésil qu'à l'étranger. Ce chiffre est cohérent avec le rôle de transition joué par le P, car à peine un an après son premier vol Embraer proposait déjà les versions P1 et P2, certifiées au Brésil en mai 1978, qui réglaient d'un coup la capacité, la puissance et la porte de fret et qui allaient devenir les Bandeirante de grande série. Dans les faits, le P fut le maillon qui permit aux compagnies brésiliennes de passer de l'EMB 110C de quinze places au standard de dix-huit sièges à raison de trois de front qui allait définir le Bandeirante commercial pendant la décennie suivante.

Son empreinte opérationnelle fut surtout brésilienne. La Wikipédia en anglais recense au moins deux pertes d'EMB 110P : le 24 février 1981, un appareil de VOTEC immatriculé PT-GLB, qui volait de Tucuruí à Belém, percuta un navire en cale sèche pendant l'approche par pluie et vent fort, heurta deux barges et se brisa en deux ; seuls trois des quatorze personnes à bord survécurent. Des années plus tard, le 13 janvier 1993, un EMB 110P cargo de la britannique Titan Airways, immatriculé G-ZAPE, s'écrasa contre une colline près de Sellafield lors d'un vol de Southend à Glasgow, causant la mort de ses deux pilotes, preuve que certains exemplaires terminèrent leur carrière en Europe comme cargos de troisième main.

Du point de vue de la certification, le P ne figure pas parmi les modèles couverts par la fiche EASA.IM.A.229, qui ne couvre que les EMB 110P2, EMB 110K1 et EMB 110P1 ; son homologation resta du ressort brésilien et des approbations nationales de ses rares exploitants étrangers. Cette absence explique en partie pourquoi les sources techniques ne le traitent presque toujours qu'en passant, comme étape préalable au P1, et pourquoi le recensement de la variante dépend davantage de chroniques historiques que de documents officiels. Malgré tout, son importance dépasse ce que suggèrent ses vingt unités : ce fut la première démonstration qu'Embraer pouvait concevoir un avion en pensant aux compagnies aériennes et non seulement à la force aérienne, et il ouvrit la voie commerciale que le P1 transformerait en plus de deux cents ventes.